«Arrête de rire ou tu vas mourir»

Depuis la fin de l’Ancien Régime Pierre-Jean Doriax trimballe son spleen dans notre démocratie où le rire est devenu conscience politique. Et ne comptez pas sur lui pour croire aux chimères pétainiste ou napoléonienne, PJ est orphelin.

Dans la tradition rwandaise, il est une malédiction que le roi (appelé mwami) saigne sur le sol national. Le roi peut être blessé lors d’une opération militaire dans un royaume voisin mais il ne doit jamais saigner sur ses propres terres. Au-delà du mysticisme ou du symbolisme, la métaphore interpelle tous les peuples qui ont traversé une guerre civile: Espagne, Cambodge, ex-Yougoslavie et justement Rwanda. Il est toujours de mauvais augures qu’un sang commun coule sur un sol commun. C’est un peu le scandale du sol contaminé.
Louis XVI au moment de monter sur l’échafaud, le 21 janvier 1793, l’avait pressenti : « je prie pour que mon sang ne retombe jamais sur la France ». Pauvre vieux capétien ! T’as fait ce que t’as pu, messire ! Nous y voilà tout groggy à supporter cette terrible prophétie marquée par le sceau infamant du régicide.
Peut-on rire tout le temps?

200 ans ça n’arrête pas l’inconscient collectif. Le problème de la mort du roi c’est que des limites ont été abolies et de ce fait les règles qui régissaient le monde. Le monde tout entier reposait autrefois sur la résignation des pauvres. Maintenant qu’il a tué le père, l’autorité, y s’en fout le pauvre. Plus question de se résigner en attendant les cieux ! L’étiquette de damné de la terre on peut plus lui en coller ! Il veut comme le bourgeois « tout en ce monde et tout de suite ». Heureusement que la modernité est là pour lui en donner de l’illimité débit, illimité crédit, instantanée satisfaction de l’impérieuse envie.
La conscience de classe c’est comme le(s) paradis : y a trop d’offre sur le marché donc ça ne fonctionne plus ! Sans compter que le bonheur aussi a été privatisé. Le soleil ne se lève plus pour les peuples, c’est chacun sa petite lumière. On est passé du concentrationnaire au pavillonnaire. Alors pour gommer la tristounette tiédeur du bidasse et l’inévitable avachissement des mœurs on décide de faire rire. D’abord rire des autres (guerres, racismes) ensuite de soi même (psychanalyse, TV réalité) et puis à la fin rire de tout (démocratie post-moderne). C’est comme ça qu’un pauvre humoriste ou qu’un rappeur illettré devient une conscience politique, par glissement presque insensible du fameux rire de tout. C’est la conséquence logique de l’extension de l’espace du rire et de la fluidification des territoires lexicaux et symboliques. La vraie question n’est pas de savoir si l’on peut rire de tout avec tout le monde, mais de savoir si l’on peut rire tout le temps?
Sarko c’est rigolo, Mitterrand c’est amusant
Depuis la marionnette Chirac apparue au guignol, la politique est devenue objet et sujet d’humour. On va encore me traiter de polémiste moralisateur bravache et revêche mais je ne suis pas certain que les gabegies, les goinfreries, l’inculture des salopards qui nous gouvernent soient drôles. L’installation des héritiers style second Empire ce n’est pas drôle, l’Euro ce n’est pas drôle, la fortune de Zidane ce n’est pas drôle, un ministre d’ouverture ce n’est pas drôle, BHL qui appelle de ses vœux Strauss-Kahn en Président et Fabius en Premier Ministre, ce n’est pas drôle. Monsanto, Halliburton, Elf, L’Oréal, Danone, Bolloré ce n’est pas drôle. Les religions qui font de la politique et du business ce n’est vraiment pas drôle. Même le climat nous fait des blagues, ça s’appelle le dérèglement. Enfin, Arthur ce n’est pas drôle mais alors pas drôle du tout ! Depuis Poincaré et De Gaulle personne n’a réellement plaidé quotidiennement pour sauver la France, ce n’est pas très drôle non plus.
Dubosc Président

Rire sans jamais plus savoir, se bedonner à ne plus rien pouvoir. Tout le reste nous gâche et nous tue… Que notre gaîté s’éteigne et les dieux mêmes seront contrits. Las ! Les cieux seront lors plus lourds… nous voulons vivre sans connaître, nous voulons bien mourir de rire, le plus frivolement si possible. A quoi peut bien encore servir le destin?
A l’instar des hyènes dans Roger Rabbit, on va mourir si on continue à rire de la sorte sous l’effet de ce gaz hilarant, narcose collective. Que peut il y avoir de drôle à n’avoir pas de goût, à choisir les mauvaises personnes pour nous diriger, à être consentant sur tout, à être enthousiaste d’être battus, écrabouillés, dépecés vifs vendus en bons d’achat Darty et Microsoft ? Quoi de plus drôle qu’une tablette de Médiator?
La France de 2011, c’est Carthage mais en beaucoup plus brute, plus arrogant et plus pourri. Entre politesse du désespoir et cynisme désinvolte, l’humour a envahi la société. Désormais pour obtenir emploi, femme, appartement, position sociale, reconnaissance, suffrage, buzz, élection et ré élection, il suffit d’un bon mot, il suffit de faire rire. C’est à croire qu’on va au paradis sur un mot d’esprit, ce que devait d’ailleurs penser cette crapule maçonnique de Voltaire. Nos derniers souffles seront des râles qui précèderont des gloussements et une dernière quinte de rire avant que de s’étrangler sur les trottoirs des grandes Banques.
Faites des enfants et mangez les !
Ah mais ça suffit, l’opinion publique doit rendre gorge, au pain sec et à l’eau. Les riches à l’abri derrière leur niches, paradis, procédures, protocoles vont payer. Ça ne va vraiment plus une société bâtie comme la nôtre, faut mieux qu’elle s’efface, c’est comme une chienne qu’est trop vicieuse, faut s’en débarrasser.
Dorénavant tout le monde à la même école, fini l’égoïsme es berceau. Et ma liberté commence par là et ma propriété ici, et ça c’est à moi, et ceci c’est pour moi, et moi ceci et moi cela …au pilori, au gibet de Mont-faucon ! Il faut que les enfants des autres vous deviennent presque aussi chers, aussi précieux que les vôtres, que vous pensiez aussi à eux, comme des enfants d’une même famille, la vôtre, la France toute entière. C’est ça le bonheur d’un pays, le vrai bouleversement social, la gaîté salvatrice, c’est des papas mamans partout. Égalité, fraternité…tout ça c’est la famille qui l’inculque, qui le crée, c’est la famille qui réchauffe tout (dixit le docteur Petiot). Au sort commun pas de bâtards, pas de réprouvés, pas de puants, pas de petits maîtres, fini aussi les maquereaux, fainéants, caïds. Tout le pays familiale-ment recrée avec égalité des ressources et un seul papa, dictateur et respecté. Alors là ce serait drôle !
J’entends encore le défunt philosophe Pierre Boutang s’exclamer : « Travail, Famille, Patrie? Le travail c’est l’esclavage, la famille c’est l’inceste et la patrie c’est le mensonge ». Et bien riez maintenant !

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